L’ICANN : la supercherie américaine qui énerve la France

Deux semaines après la réforme de l’Icann, la digestion est difficile au ministère des affaires étrangères. L’organisme qui gère l’appropriation des noms de domaine et qui devrait réguler de façon démocratique la gouvernance d’internet serait tout simplement sous le contrôle des grands groupes aussi appelés GAFA (Google, Apple, Facebook et Amazon). Autrement dit, Internet est officiellement privatisé.

 

Internet Corporation for Assigned Names and Numbers represented in a binary code

L’ICANN

L’Internet Corporation for Assigned Names and Numbers est une organisation chargée de gérer les noms de domaine. C’est en d’autre terme, le carnet d’adresse d’internet. Son pouvoir est donc considérable car en supprimant un nom de site ce dernier peut littéralement s’effacer de la toile ou à l’inverse lui donner une visibilité colossale dans son référencement sur les moteurs de recherche. Inutile de préciser qu’à un niveau commercial l’avantage est déterminant. D’où l’importance d’une régulation compétente afin d’éviter toutes dérives ou favoritismes éventuels.

 

Un bref rappel des faits

Il y a deux semaines a donc eu lieu un meeting à Marrakech où s’est validé une réforme consistant à faire de l’ICANN une institution internationale indépendante du gouvernement américain mais aussi indépendante de tous gouvernements. Précision qui passe mal auprès du Quai d’Orsay car cela revient à donner à l’organisation le contrôle d’internet aux grands groupes privés. Paris redoutait que les états soient complétement excluent du processus et « malgré des négociations homériques nous n’avons pas eu gain de cause. Aujourd’hui L’ICANN n’est pas une internalisation de la gouvernance d’internet mais une privatisation où tout le monde est égaux excepté les états » nous confie une source au ministère des affaires étrangères.

 

« Ils nous donnent d’une main et nous reprennent de l’autre »

Après les révélations d’Edward Snowden et les différentes affaires d’espionnages de grands dirigeants le président de L’ICANN avait donc décidé de calmer les foules en sortant le département américain du commerce de l’organisation. Car oui, elle en faisait partie depuis 1990. « Elle devait rendre des comptes, être redevable » nous explique notre source. Ce premier pas attendu sera validé par le congrès américain avant l’élection présidentielle même s’il s’avère au final peu décisif.

 

La supercherie

Aujourd’hui cet organisme n’a pas de contre-pouvoir, pas d’arbitrage autonome et est soumis à la loi Californienne. « La structure est chargée de se contrôler elle-même mais elle est régit par des groupes qu’elle est sensée modérer. Autant dire qu’à Paris nous ne sommes pas satisfait ». Malgré l’engagement de la France à vouloir remettre en question le management de L’ICANN, cela reste compliqué. Les acteurs en place se heurtent à des lobbies puissants et donc par résonnance les intérêts privés, à termes, vont littéralement écraser les intérêts publics des états.

 

L’Europe est à l’image d’internet

C’est-à-dire divisée. Le Royaume-Uni et certains pays de Nord comme la Norvège et la Suède sont restés sur leur position pro-américaine et l’Allemagne fait preuve d’un silence assourdissant. À échelle plus globale on peut constater que les choix politiques sont fragmentés, tout comme internet. L’Europe exprime des voix dissonantes, la Russie et la Chine, elles, restent en retrait. C’est moins grave pour ces deux pays car ils disposent de leur propre internet et ne passe pas par les grands groupe tels que Google.

 

Aujourd’hui le commerce, demain l’individu ?

« L’internet public doit être défendu, protégé » conclue le Quai d’Orsay. Car ce n’est pas la première fois que les multinationales du numérique s’approprient des droits (Patriot Act, NSA, etc…). S’il s’agit ici de nom de domaine, le problème touche surtout le commerce mais qu’en sera-t-il de la gouvernance du Cloud et de la protection des données des individus ? Qu’arrivera-t-il quand les GAFA décideront par des moyens « juridiques » imposés ou détournés de s’attribuer des libertés au détriment de nos propres libertés individuelles ?

 

C’est une question vieille comme internet, mais en tout cas une première manche vient d’être perdue.

 

 

 

 

 

 

 

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